QUELLES LEÇONS RETIRERONS-NOUS DE LA SITUATION ACTUELLE ?

Francis-Benoit Pelletier

Conseiller principal – Rémunération


Je trouve particulièrement beau, vivifiant et instructif de lire les posts sur LinkedIn. Les gens prennent des moments d’arrêt et de réflexion, ceci permet d’échanger des idées et d’apporter des précisions. Parlons de distanciation physique plutôt que de distanciation sociale. Utilisons les mots « situation actuelle » plutôt que de parler de « situation de crise ». Faisons l’étymologie du mot « crise ». Tout comme ceux sur le télétravail, les nouvelles façons de travailler, le leadership en période de crise et j’en passe.


Honnêtement, sans ironie ni sarcasme, je trouve très intéressant de lire ces textes. Et mon intention n’est certainement pas de critiquer les belles initiatives. Je suis toutefois interpellé par ce qui se passe et cela suscite inévitablement plusieurs questions sur ce que nous apprendrons réellement de cette situation.


Quelles pratiques demeureront après la situation que nous vivons présentement ? Qu’apprendrons-nous réellement ? Comment les organisations se transformeront-elles ? Quelle réponse obtiendra un employé lorsqu’il réintégrera son organisation et demandera à faire du télétravail ? Mon inquiétude est la suivante : la solidarité actuelle, l’ouverture au télétravail, les appels à faire autrement ne sont-ils pas seulement et malheureusement circonstanciels ? Où est notre empathie lorsque nous ne vivons pas les mêmes situations mais que nous devons composer avec quelqu’un qui vit une situation difficile ?


Actuellement, nous sommes tous dans la même situation : confinés à la maison. J’ai l’impression que c’est plus simple dans ces moments de faire preuve d’empathie et de solidarité. Que se passera-t-il après ? Lorsque la vie reprendra un cours normal, parce que nos vies reprendront. Je vous assure que dans quelques semaines, nous serons de nouveau seul dans nos voitures, pris dans les bouchons de circulation, rongés par le stress des échéances, des projets, de la vitesse ahurissante à laquelle notre vie passe. À la machine à café, nous discuterons de notre voisin de cubicule qui nous tape sur les nerfs et de notre prochaine promotion ? Qu’apprenons-nous réellement de situations difficiles ? Je sais, je simplifie un peu, mais n’est-ce pas un peu ce qui risque de se passer ? Et dans tout cela, il y aura des gens qui souffriront longtemps de ce que nous vivons présentement, qui auront de la difficulté à joindre les deux bouts, qui vivront des divorces, qui vivront des épisodes de dépression. Oublierons-nous ces gens qui sont possiblement nos voisins et nos collègues de bureau ?


C’est un peu le même questionnement que j’ai pour nos « anges gardiens » du monde hospitalier qui vivent un calvaire depuis plusieurs années. Les infirmières et infirmiers ont des conditions de travail difficiles, font du temps supplémentaire obligatoire et ont des salaires relativement faibles pour les tâches qui leur incombent et le poids qu’elles et ils portent sur leurs épaules. À ma connaissance, personne n’a déchiré sa chemise sur la place publique, je n’ai vu aucun élan de solidarité ces dernières années. Est-ce que la situation sera la même à la suite de la crise ou souffrons-nous d’hypocrisie collective? # Ça va bien aller.


Je n’ai rien contre cette belle initiative. Honnêtement, les voisins, la population québécoise en général qui signalent leur solidarité par les arcs-en-ciel mettant ainsi de la couleur dans nos vies. Tous ces gens se parleront-ils plus qu’avant, une fois tout cela terminé ? D’ailleurs qu’arrive-t-il aux citoyens de St-Marthe qui n’ont toujours pas de maison ? Nous intéresserons-nous plus à nos voisins, à ce qu’ils vivent à la façon dont nous pouvons les aider ? J’aimerais tellement que la réponse soit oui. Oui, je le sais, le texte a pris une tournure sombre.


Pour lutter contre la propagation de la COVID-19, du jour au lendemain, une grande partie des employés de bureau ont été forcés de faire du télétravail, un télétravail non optimal puisque les enfants sont à la maison, mais un télétravail tout de même. C’est fascinant de voir à quelle vitesse les employeurs se sont adaptés, se sont mis à jour sur les plateformes facilitant la pratique. Que restera-t-il de tout cela par la suite ? La pratique sera-t-elle plus accessible ? Pourrait-elle être envisagée dans la lutte aux changements climatiques ou simplement comme moyen de désengorger nos routes ?


Bref, je trouve ça très sympathique et instructif les textes, mais sur le fond, que ferons-nous de réellement différent après la crise que nous traversons ? Quels comportements modifierons-nous ? La prise de conscience que nous ferons collectivement sera-t-elle profonde ou superficielle ? Les moyens que nous avons pris seront-ils durables? La solidarité sera-t-elle contagieuse et pérenne ? Ou tout disparaîtra au fur et à mesure que la bourse et que nos revenus seront de nouveau à la hausse ?


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